Quelques traces de la Seconde Guerre mondiale à Lyon

Le 8 mai on commémore la fin de la Deuxième guerre mondiale en Europe, marquée par la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie.

Lyon a été occupé deux fois par l’armée allemande. Une première fois, quelques courtes semaines en juin et juillet 1940. Puis pendant deux longues années et demi, de novembre 1942 à septembre 1944.

La guerre a laissé de nombreuses traces.

Des noms des rues, des plaques

En marchant de-ci de-là, on trouve d’autres traces. Nombreuses, comme les noms de rues de résistant.es tué.es : la place des martyrs de la Résistance dans le 3ème arrondissement, la rue Lucien Sportisse qui serpente autour du jardin des plantes à la Croix-Rousse, la rue René Leynaud non loin de là… Ce n’est là qu’un tout petit échantillon.

Tous et toutes n’ont pas donné leur nom à une rue, mais en vous baladant dans Lyon, si vous levez un peu les yeux, vous croiserez aussi de nombreuses plaques. Elles commémorant le souvenir d’un.e résitant.e. Souvent, un bouquet de fleurs fanées et grises y est suspendu ; parfois les fleurs sont encore plein de couleurs.

Moins connu, des plaques commémorant des grèves ouvrières. Il y a par exemple celle qui est sur le côté de l’ancien garage Citroën, rue de Marseille. Des dizaines de ces ouvriers grévistes furent arrêtés et déportés, la plupart sont morts en déportation.

Plaque posée sur la façade de l’ancien garage Citroën, rue de Marseille.

Sur les noms des rues, sur ces plaques, lisez les dates de naissance et de mort, calculez l’âge de leur mort. Imaginez-vous, à cet âge.

D’autres plaques, rappellent des lieux sinistres. Par exemple il y a celle indiquant les anciens locaux de la Gestapo, place Bellecour, à quelques mètres de la douce statue du Petit Prince. Il y a celle sur le collège Jean Monnet rue Sainte-Hélène (Lyon 2e) indiquant d’anciens bureaux de la Milice. Il y a une page sur le site du lycée Saint-Marc, bien documentée et bien sourcée, racontant la Milice installée rue Sainte-Hélène.

La rafle de la rue Sainte-Catherine

Il y a aussi les plaques qui rappellent le souvenir des Juifs et Juives arrêté.es, déporté.es et le plus souvent assassiné.es. Celle de la rue Sainte-Catherine rappelle la rafle du 9 février 1943 dans les locaux de l’Union générale des israélites de France, connue sous le nom de “rafle de la rue Sainte-Catherine”. Une des rescapées témoigne en 1987 au Procès de Klaus Barbie : l’acte d’arrestation et de déportation signé par sa main avait été retrouvé. Pour la petite histoire (si l’on ose utiliser cette expression dans un tel contexte), Simon Badinter, le père de Robert Badinter, ministre socialiste qui abolira la peine de mort 40 ans plus tard, est arrêté lors de cette rafle et meurt en déportation.

La plaque rue Sainte-Catherine en souvenir des Juifs raflés

Le Veilleur de pierre

Place Bellecour, discret, dans le renfoncement d’un immeuble, il y a la statue du Veilleur de pierre. Il y avait là le café du Moulin à Vent, un café fréquenté par les Allemands (le siège de la Gestapo était alors place Bellecour) et des Miliciens (en plus de bureaux dans l’actuel collège Jean Monnet, leur siège était à quelques centaines de mètres de la place, l’ancien siège du Progrès, aujourd’hui la Fnac). Le 26 juillet 1944, une bombe explosa. Il n’y eut aucune victime, mais une terrible vengeance des Allemands. Cinq prisonniers du fort Monluc, dont Gilbert Dru, furent fusillés devant les ruines du café et leurs corps restèrent à terre, toute la journée.

Le bombardement du 26 mai 1944

A la fin de l’Occupation, la Libération a laissé elle aussi de nombreuses traces à Lyon.

Il y eut d’abord le terrible bombardement du 26 mai 1944. Les Alliés préparent le Débarquement et cherchent à détruire des infrastructures dont des voies ferrées. L’aviation américaine ce jour-là visait notamment le nœud ferroviaire à la Guillotière-la Mouche. Mais les avions volaient trop haut, beaucoup de tombes tombèrent trop loin des rails, sur les immeubles de l’avenue Berthelot. Le siège de la Gestapo, qui était alors dans l’ancienne école militaire, fut lui aussi détruit en partie, alors qu’il ne faisait pas partie des cibles. Il y eut près de 1.000 morts.

Depuis le Rhône, si vous vous engouffrez sur l’avenue Berthelot, vous verrez entre les beaux immeubles du début du XXe siècle, d’autres immeubles au style bien différent : il y avait là les immeubles détruits par le bombardement. De même, les bâtiments de l’ancienne école militaire qui donnent sur l’avenue sont dans un style nettement différent du reste de l’école. Aujourd’hui, il y a là le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation.

Les Rues de Lyon vous raconte ce bombardement du 26 mai 1944. C’est aussi une des scènes de notre visite contée la vie à Lyon sous l’Occupation, “L’Attente”.

Il y eut de nombreux morts à l'usine Olida, rue de Gerland, non loin des rails visés par l'attaque aérienne.
Il y eut de nombreux morts à l’usine Olida, rue de Gerland, non loin des rails visés par l’attaque aérienne.

Les ponts détruits

Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1944, quand l’armée allemande se replie, elle fait sauter la plupart des ponts sur le Rhône et sur la Saône. Un ne sera jamais reconstruit : le pont d’Ainay, dont on peut encore la trace des piliers sur les bas-ports de la Saône, au niveau des bureaux des Voies Navigables de France.

Le pont d’Ainay détruit.

Le dôme de l’Hôtel-Dieu

Il y a une autre trace de la Libération, moins connue : le grand dôme de l’Hotel-Dieu ! C’est l’architecte lyonnais Soufflot qui l’avait dessiné au XVIIIe siècle. Mais ce dernier était pris à Paris et à Rome par de multiples chantiers. La réalisation d’après ses plans fut assurée par deux autres architectes. Ceux-ci modifièrent le dessin original du dôme en le rabaissant un peu, lui donnant une allure quelque peu ratatinée… Le 4 septembre 1944, pendant les derniers combats pour libérer la ville, un échange de tirs mit feu au dôme qui s’effondra brutalement. A la fin des années 1960, il fut reconstruit, non pas à l’identique, mais selon le plan original de Soufflot !

Pour en savoir plus…

Si vous avez envie de découvrir plus en détails l’histoire de Lyon pendant la guerre, vous pouvez lire Lyon dans la Seconde guerre mondiale ou suivre un parcours urbain du CHRD.

Notre visite contée

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