La petite histoire des rues des pentes de la Croix-Rousse
Visite Lyon : Visiter la Croix-Rousse

Pour commencer, pourquoi la Croix-Rousse s’appelle-t-elle ainsi ? Au risque de vous décevoir, c’est tout simplement à cause d’une croix, faite en pierre dorée des monts d’or, donc rousse. Cette croix se trouvait autrefois sur la place du village, qui est aujourd’hui la place Johannes Ambre, devant le théâtre de la Croix-Rousse.

Jusqu’en 1852, la Croix-Rousse était un village indépendant, et la frontière de la ville de Lyon était marquée par les remparts, sur l’actuel boulevard de la Croix-Rousse.

Cependant, ce sont les pentes de la colline qui nous intéressent pour ce deuxième article sur les noms des rues (le premier était pour la Guillotière). Cette colline nommée autrefois “Colline Saint-Sebastien” et qui était la colline qui prie ! Les monastères recouvraient les pentes (Chartreux, Carmélites, Bénédictines, et tant d’autres). Contrairement à ce que l’on dit aujourd’hui la “colline qui travaille” était en face ! Jusqu’à la révolution française, la majorité des tisseurs de soie étaient installés à Saint-Georges et sur les pentes de Fourvière.

Voici donc quelques histoires sur les noms des rues des pentes de la Croix-Rousse.

Rue Lemot

Savez-vous qui est Lemot ? François-Frédéric de son petit nom. C’est un sculpteur, né à Lyon en 1771 et mort en 1827. On se souvient de lui à Lyon (entre autres) pour sa sculpture représentant Louis XIV sur la place Bellecour.

Savez-vous de quoi François-Frédéric est mort ? Suicidé à cause de son erreur impardonnable d’avoir oublié les étriers du Roi ? Eh bien pas du tout ! Il s’agit de la plus grosse légende urbaine lyonnaise…

François-Fred était globalement assez au courant des pratiques puisqu’il avait étudié à l’école des Beaux-Arts. En plus, on a du mal à l’imaginer faire une petite rature sur une statue en bronze pour laquelle il a fait plusieurs moulages et dire : “Saperlipopette ! J’ai oublié les étriers ! Bon, avec un peu de chance cette bande de nullos ne s’en rendra même pas compte.”
Les étriers sont absents car le roi est représenté en empereur romain, c’est une convention de représentation, on appelle ça “l’iconographie”.
François-Fred a donc reçu la légion d’honneur qui venait juste d’être créée, et il est mort baron et chevalier de Saint-Michel.

Incroyable hein ?

Rue des Tables Claudiennes

Au 16e siècle, au milieu des couvents qui recouvraient les pentes, on trouvait aussi quelques vignes. C’est dans une vigne située à l’angle de l’actuelle rue Pouteau et la rue des tables-claudiennes qu’on a retrouvé, dans les années 1520, une immense table en bronze cassée en deux avec des inscriptions en latin.

Cette table est un élément majeur de l’histoire Lyonnaise. Il s’agit du discours prononcé en l’an 48 par l’Empereur Claude (qui était né à Lyon) devant le Sénat pour donner à tous les habitants de Lugdunum les mêmes droits que les citoyens romains.
Les mêmes droits, mais aussi… les mêmes impôts à payer ! Ils sont pas si fous ces romains…

Cette table est conservée aujourd’hui au musée Gallo-Romain, mais vous pouvez également en voir une copie dans la cour du musée de l’imprimerie (rue de la poulaillerie dans le 2e)
Pour en savoir plus sur la table claudienne, il y a l’article Wikipedia qui est assez complet.

Rue Capponi

La famille Capponi est une grande famille de banquiers italiens installés à Lyon au début du 16e siècle. Dans ces années, l’activité économique de Lyon est florissante, la ville accueille de nombreux étrangers, et de riches banquiers italiens s’installent pour participer à ce développement. Par exemple : Guadagni (ça vous dit quelque chose?…) Medici, Gondi, Bonvisi, et plein d’autres familles avec un nom qui finit en “i”. Ils sont tous très riches et ils prêtent de l’argent à tout le monde y compris au Roi de France (François 1er puis son fiston Henri II…).

Capponi vivait bien sûr avec les autres banquiers à côté de la place du change, dans le Vieux-Lyon. Mais il possédait des terres un peu partout, et en particulier quelques terres cultivables sur cette colline fertile.

Cette rue a aussi la particularité d’être une des plus petites (LA plus petite ?) rue de Lyon.

Rue Pouteau

La rue pouteau est une rue bien étrange ! Elle est composée sur plus de la moitié de son tracé d’escaliers… Claude Pouteau est un chirurgien ayant vécu et travaillé à Lyon au 18e siècle. Il a notamment découvert les principes généraux de l’asepsie (empêcher la contamination des bactéries) bien avant qu’elle soit officiellement théorisée.

Jusqu’au 19e siècle, la partie sud (en dessous des tables claudiennes) s’appelait rue Casati et c’est lui qui nous intéresse. Pierre Casati était un artisan verrier italien installé à Lyon vers la fin du 18e siècle pour vendre des thermomètres. Afin de retenir ses clients dans sa boutique, il avait pris l’habitude de leur offrir des chocolats.
Les clients se sont ils mis à venir pour les chocolats plus que pour les thermomètres qu’il vendait ? Impossible de savoir. Toujours est-il que quelques générations plus tard, les Casati sont reconnus dans tout Lyon pour leurs chocolateries ! Plusieurs boutiques et cafés-restaurants sont ouverts sur la presqu’ile.
Malheureusement, la success-story Casati prit fin à partir de 1894. Cette année là, le président de la république Sadi Carnot était assassiné à Lyon par un anarchiste italien, et une vague de racisme anti-italiens très violente s’abatit sur Lyon. Les boutiques de Casati furent alors toutes saccagées, comme de nombreux autres négoces italiens…

Rue Justin Godart

Un vrai hipster ce Justin…

Justin Godart est un homme politique Lyonnais, ayant assuré les fonctions de maire de Lyon pendant un an en intérim, entre la libération en 1944 et le retour de Edouard Herriot en 1945. Pendant la guerre, Justin Godart a fait partie de la résistance et caché de nombreux juifs.

Justin était un grand amateur de “lyonnaiseries”, il aimait profondément toutes nos spécificités locales, qu’elles soient culinaires ou langagières. C’est lui qui a notamment collecté toutes les expressions lyonnaises si drôles de la “Plaisante Sagesse Lyonnaise.” La plus célèbre : “Tout le monde peuvent pas être de Lyon. Il en faut ben d’un peu partout.” Mais aussi : “Quand on est amoureux, ça n’a qu’un temps. Quand on est bête, c’est pour toujours.
Il est aussi celui qui aurait affirmé que “Trop de beurre, c’est presque aussi pire que pas assez”…

Si vous passez dans la rue Justin Godart, ne manquez pas un petit arrêt chez nos amis de Soierie Vivante ! C’est d’ailleurs là que l’on vous emmène dans les visites contées de la Croix-Rousse avec démonstration de tissage…

Rue Leynaud

Un autre célèbre résistant : René Leynaud, connu pendant la seconde guerre mondiale sous le pseudonyme de « Clair » a été journaliste puis responsable du renseignement dans la résistance. Il fut blessé par la Gestapo, incarcéré à la prison Montluc puis fusillé avec d’autres détenus en 1944.

Avant de s’appeler Rue Leynaud, la rue s’appelait « Vieille monnaie ».

Rue Burdeau

Cette rue autrefois appelée « Rue du Commerce » a pris le nom de « Burdeau » en l’honneur d’Auguste Burdeau, né dans cette même rue. Burdeau a commencé sa vie orphelin, et s’apprêtait à devenir ouvrier canut mais les études l’ont conduit à l’ENS, puis comme professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il fut ensuite nommé ministre de l’instruction publique (de l’éducation quoi) et enfin, président de la chambre des députés !

Vous avez très certainement déjà vu ce drôle de monument dans le jardin des plantes, tout au bout de la rue burdeau, juste au dessus de la place Sathonay ? C’est un monument qui accueillait la statue de Auguste Burdeau mais elle fut fondue en temps de guerre (laquelle?…)

À bientôt sur les pentes !

Nos visites sur les pentes de la Croix-Rousse

cybele-2

Visite contée de la Croix-Rousse

Jirôme ou la révolte d'un canut
Croix-Rousse
8 ans et +

Enquête à la Croix-Rousse

Six pieds sous la Croix-Rousse
Croix-Rousse
Adultes

Comments

Laisser un commentaire