La petite histoire des noms des quais de Saône (suite)
L'ancien quai et l'ancien pont

Voici la suite de notre petite histoire des noms des quais de Saône, en forme de balade lyonnaise le long de la “rive gauche” (celle qui suit la Presqu’île à Lyon).

Les quais de Saône, “côté empire”

Pour celles et ceux qui n’auraient pas encore lu le premier épisode, voici une précision sur l’expression “rive gauche”.

A Lyon on ne parlait pas de rive gauche ou droite pour la Saône : on disait côté royaume et côté empire. Eh oui ! pendant longtemps, la ville de Lyon se réduisait aux deux côtés de la Saône (Vieux-Lyon et presqu’île). Lyon fut rattachée au royaume de France au début du 14e siècle. Mais à ce moment-là, de l’autre côté du Rhône, c’était le début du Saint-Empire Germanique. Donc côté royaume, c’était le Vieux-Lyon, et côté empire, c’était la presqu’île.

Ceci étant précisé, commençons notre balade sur les Quais de Saône par le sud, côté royaume.

Quai Rambaud

Evidemment, il ne faut pas confondre Rambaud et Rimbaud ! Joseph Rambaud est à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle un économiste et professeur de droit à Lyon. Il descendait d’une riche et ancienne famille lyonnaise. Rambaud faisait partie des milieux catholiques : fonda un journal “catholique, conservateur et populaire”, Le Nouvelliste de Lyon. L’immeuble qui abritait le journal existe encore. Et il vaut le détour ! C’est au 14 rue de la Charité. Pendant la Second guerre mondiale, il y eut un épisode fameux. Des résistants imprimèrent et diffusèrent un faux numéro du Nouvelliste, devenu journal collaborateur.

Le long du quai Rambaud, il y a aujourd’hui le nouveau quartier de Confluences. Quelques traces du passé industriel sont encore là. Descendez jusqu’à la pointe, pour voir le beau viaduc ferroviaire. Ce n’est plus le viaduc d’origine… Mais cette ligne qui relie Lyon à Saint-Etienne fut la première en France, construite de 1827 à 1832 !

Le viaduc SNCF
Le viaduc (qui a son charme éclairé la nuit)

Quai de Maréchal Joffre

Le Maréchal Joffre était un maréchal qui s’appelait Joffre… On se souvient de lui pour son rôle pendant la Première guerre mondiale, un peu moins pour les guerres de colonisation. Il n’a rien à voir avec Lyon. Le quai s’appelait avant le quai d’Occident.

Sur le bas-port, il y a des anciennes rails de chemin de fer qui rappellent les anciennes activités portuaires du site. C’est une partie qui a son charme, quand on se balade avec les saules pleureurs au-dessus de vous. Un conseil : tournez le dos au pont autoroutier.

Les rails sur le bas port, quai Joffre, rappellent le passé industriel du site.
Les rails sur le bas port, quai Joffre, rappellent le passé industriel du site.

Quai Tilsitt

Tilsitt fait référence à la paix de Tilsitt. C’était une ville jadis en Prusse Orientale, aujourd’hui en Russie. Napoléon Ier et le tsar Alexandre Ier signèrent ce traité de Tilsitt en 1807.

Le quai s’appelait avant le quai de l’arsenal… car il y avait un arsenal ! L’arsenal était le long de la Saône, à l’emplacement de l’actuelle synagogue. L’arsenal fut construit sous François Ier puis reconstruit plus tard. Finalement on le détruit pendant la Révolution française, lors du siège de Lyon en 1793.

Il y a aussi plus au sud un vestige de l’ancien pont d’Ainay (on vous en avait parlé dans l’épisode précédent).

Du quai Tilsitt il y a une vue bien dégagée sur les anciens remparts de la ville. Sur la rive d’en face, ils descendent la colline, juste au dessus du long bâtiment de deux étages des Voies Navigables de France.

L'ancien arsenal situé sur l'ancien quai... de l'arsenal ! (aujourd'hui quai Tilsitt)
L’ancien arsenal situé sur l’ancien quai… de l’arsenal ! (aujourd’hui quai Tilsitt)

Quai des Célestins

Le quai des Célestins est nommé ainsi non pas en référence au Théâtre des Célestins, mais au couvent des frères Célestins, construit au 15e siècle et reconstruit au 18e siècle.

D’ailleurs, les immeubles le long du quai ont été aménagés sur la longue façade du couvent. Regardez les arches régulières des rez-de-chaussée et du premier étage, vous remarquerez une continuité sur les trois immeubles entre la place Antonin Gourju et la rue de Savoie : ce sont les vestiges du couvent du 18e siècle.

Bien sûr, du quai des Célestins il y a une des vues les plus célèbres de Lyon, le spot à ne pas manquer, avec la Saône et la colline de Fourvière, le palais de justice, la cathédrale, la basilique.

Vous pouvez aussi embarquer chez nos amis des Bateaux Lyonnais pour une chouette balade sur la Saône.

La façade de l'ancien couvent des Célestins
La façade de l’ancien couvent des Célestins… regardez bien les arches du rez-de-chaussée vous les retrouverez dans les immeubles d’aujourd’hui !

Quai Saint-Antoine

Le quai Saint-Antoine est nommé ainsi car l’ordre religieux des Antonins s’installèrent là, le long de la Saône, au 13e siècle. Pendant un temps le quai s’appelait le quai Villeroy, une famille lyonnaise très importante pendant l’Ancien Régime, qui donna notamment un archevêque, un ministre de Henri IV, des précepteurs de Louis XIV et de Louix XV…

Le bas quai à cet endroit-là de la ville est très large : voyez sur cette photo de 1870 (avec l’ancien pont du Change en arrière-plan). On a hâte que le parking Saint-Antoine soit détruit et que nous retrouvions nos quais !

Pendant les travaux du nouveau parking souterrain, le service archéologique de la Ville de Lyon a retrouvé de nombreux vestiges, comme par exemple un tronçon de canalisation en terre cuite datant de la ville romaine, des caves de maisons du 13e siècle ou encore des voûtes de l’ancien quai Villeroy du 18e siècle ! Tout cela au pied de la jolie barre d’habitation en béton…

L'ancien quai et l'ancien pont du Change
L’ancien quai et l’ancien pont du Change

Quai de la Pêcherie

Le quai de la Pêcherie tient son nom du marché aux poissons installé là au 17e siècle.

On vous a déjà parlé du pont du Change lors de l’épisode précédent…

Dès qu’il y a un rayon de soleil, les bouquinistes sont ouverts, et c’est un vrai plaisir lyonnais que de flâner en fouillant dans les centaines de caisses de livres… avec la vue sur Fourvière !

Quai Saint-Vincent

Le quai Saint-Vincent tire son nom de l’ancienne église Saint-Vincent, ancienne église conventuelle des Augustins, aujourd’hui église paroissiale, au 34 quai Saint-Vincent.

Le quai Saint-Vincent est très long, suit deux coudes de la Saône coincés entre les collines de la Croix-Rousse et de Fourvière… peut-être l’endroit préféré à Lyon de l’auteur de ces lignes ^^ avec au nord de ce quai une vue sur l’arrière de Fourvière (qui est en fait la façade principale de devant) et la tour Incity qui dépasse des toits de la Presqu’île.

A l’angle de la rue de la Martinière, il y a la célèbre fresque des Lyonnais. Plus au nord, les Subsistances, lieu culturel, ancienne caserne militaire et ancien couvent. Moins connu, entre le 40 et le 42 un tout petit passage étonnant (et très bas de plafond, attention !), la rue Courvette. Ou encore au 29, un des plus vieux couvents de Lyon encore debout !

Du quai Saint-Vincent, deux montées piétonnes et cachées vous emmènent directement au jardin des Chartreux : le passage Gonin et la rue de la Muette.

Vue sur Fourvière depuis la Saône
Vue sur Fourvière depuis l’endroit le plus beau et le plus calme de Lyon…

Quai Joseph Gillet

Le quai est ainsi nommé en l’honneur de l’industriel Joseph Gillet. Ici, car ses usines de soie artificielle étaient le long de la Saône. Son ancienne villa domine toujours le quai depuis la colline de la Croix-Rousse.

Le fort Saint-Jean qui domine le sud du quai marquait l’entrée nord de la ville (du temps où la Croix-Rousse était un village indépendant de Lyon).

Quai Georges Clémenceau

Le quai Clemenceau rend hommage à Clemenceau, autre “héros national” de la “Grande Guerre”. Depuis le quai Joffre au sud, la boucle est bouclée ! Et vous voilà arrivés à l’Ile Barbe.

Et avant de continuer la balade et de rejoindre le Rhône, une photo insolite de la Saône gelée pendant l’hiver 2012 !

La Saône gelée ! c'était en 2012
La Saône gelée ! c’était en 2012

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