La petite histoire des noms des quais de Saône
La petite histoire des quais de Saône

Voici une balade lyonnaise le long des Quais de Saône (vous n’allez quand même pas visiter que des traboules !), du sud au nord, rive droite.

Enfin… on dit “rive droite”, c’est au cas où il y ait des parisiens et des parisiennes par ici (que nous accueillons d’ailleurs à bras ouverts). Mais à Lyon on ne dit pas rive gauche ou rive droite pour les quais de Saône. On dit (ok on disait) : côté royaume et côté empire.

Pendant des siècles, la ville de Lyon se réduisait aux deux côtés de la Saône (Vieux-Lyon et presqu’île). Lyon fut rattachée tardivement au royaume de France (on retient généralement la date de 1312) : mais à ce moment-là, de l’autre côté du Rhône, c’était le début du Saint-Empire Germanique. Donc côté royaume, c’était le Vieux-Lyon, et côté empire, c’était la presqu’île.

Ceci étant précisé, commençons notre balade sur les Quais de Saône par le sud, côté royaume.

Quai des Étroits

Bon il faut se méfier de la toponymie facile qui vire vite au farfelu, mais avec le quai des Étroits, on a quand même un lieu très étroit entre le bas de la colline et la Saône. Et encore il y a eu les travaux des quais rehaussés ! On peut facilement imaginer il y a des siècles la Saône baignant le pied de la colline. D’ailleurs à l’Antiquité, la voie romaine de la Narbonnaise ne passait pas en bas de la colline le long de la Saône, mais en haut de la colline de Fourvière (mais on n’en est pas sûr à 100% non plus, aucun vestige n’a été retrouvé).

Quai Fulchiron

Le quai Fulchiron est nommé en hommage à Fulchiron, Jean-Claude de son prénom, député du Rhône sous Louis-Philippe et même nommé pair de France (l’équivalent de sénateur en gros). Bref une huile de la monarchie de Juillet. D’ailleurs après la révolution de 1848, il se retire de la vie publique. Il n’a pas le bon goût de mourir à Lyon, mais à Paris. Mais comme Fulchiron était né à Lyon et avait contribué aux travaux d’élargissement du quai en question, pas rancuniers, les lyonnais lui donnent son nom.

Caricature de Jean-Claude Fulchiron

Quatre curiosités le long du quai Fulchiron !

  1. Parallèle au quai Fulchiron, il y a la rue de la Quarantaine (dont on vous avait brièvement parlée à propos de la peste à Lyon).
  2. Au sud, autour de la superbe rampe d’accès au tunnel de Fourvière, il y a le non moins superbe immeuble gris de bureaux. Au rez-de-chaussée, de grandes baies vitrées… donnant sur les ruines de la basilique Saint-Laurent de Choulans, un site funéraire chrétien de l’époque mérovingienne. Dans les années 1990, c’était ouvert, on pouvait visiter les ruines, mais il y eut tellement de squat et de pause-pipi, l’entrée est maintenant fermée, il faut se contenter de voir depuis les baies vitrées. Mine de rien, c’est le plus ancien monument chrétien lyonnais.
  3. Vers le milieu du quai, il y avait le pont de d’Ainay permettant de traverser en presqu’île. Détruit par l’armée allemande en 1944, il n’a jamais été reconstruit. On voit encore la trace du début des arches des deux côtés de la Saône. Il y a même une plaque racontant que Benjamin Franklin admira la vue de Lyon depuis ce pont (mais la plaque est sur l’autre rive).
  4. Au nord du quai, en creusant le parking Saint-Georges, les archéologues ont dégagé seize épaves de bateaux datant de l’Antiquité tardive. Vous pouvez admirer l’une d’entre elles dans le parking… de la fosse aux ours le long du Rhône !

Quai Romain Rolland

Le quai Romain Rolland (nommé en l’honneur de l’écrivain, pas lyonnais pour un sou, mais on n’est pas sectaire à Lyon) c’est la star des quais de Saône : il longe la cathédrale Saint-Jean et le palais de justice, les deux grands monuments du Vieux-Lyon… et de la fameuse statue dont on vous causait par ici.

Photo by Ludovic Charlet on Unsplash
Sculpture en bord de Saône – Photo by Ludovic Charlet on Unsplash

Quai de Bondy

Le quai de Bondy est nommé en l’honneur du comte de Bondy, de son petit nom Pierre-Marie Taillepied, né à Paris mais préfet du Rhône sous Napoléon 1er. Le quai qu’on connaît aujourd’hui (sauf l’horrible parking Saint-Jean) est aménagé pendant qu’il est préfet du département… d’où son nom !

Du quai de Bondy partait le plus vieux pont lyonnais au-dessus de la Saône, le pont du Change. Vous pouvez voir un vestige de celui-ci, ou plutôt une sorte de trace fantôme… Au dessus du café le Rocambole, il y a une haute façade de pierre sans fenêtre : là venait s’appuyer un immeuble construit sur le début du pont. On vous racontait son histoire par ici.

Et puisque que nous sommes capitale de la gastronomie, on ne peut pas passer quai de Bondy sans s’arrêter chez Nardone, LE glacier lyonnais.

Nardone dégustation
Une glace à la praline rose de chez Nardone…

Quai de Pierre-Scize

Une autre toponymie à prendre avec quelques précautions… Pierre-Scize viendrait du latin Petra Inscisa, soit pierre taillée : l’histoire de ce quai fut le long projet de gagner de l’espace sur la colline qui tombait à pic dans la Saône, il fallait dégager un passage suffisant pour la route.

Le château de Pierre-Scize dominait le quai. Il marquait l’entrée nord de la ville, un des endroits les plus protégés des murailles lyonnaises (il faut dire qu’au début 15e siècle, on craignait une attaque venue du nord, une attaque des Bourguignons !). Devenue forteresse royale sous Louis XIII, c’était un peu la Bastille lyonnaise et d’ailleurs à la Révolution elle sera elle aussi détruite.

Chateau Pierre Scize sur les quais de Saône
Le château Pierre Scize… peut-être-que-ça-ressemblait-à-ça-mais-on-n’en-sait-rien

Quai Chauveau

Le quai Chauveau accueille un ancien couvent magnifique, aujourd’hui le Conservatoire national de musique. Ancien couvent ou monastère : il change de main entre différentes congrégations religieuses au fil des siècles. Puis après la Révolution, quand les religieuses sont chassées, le bâtiment est confié à Claude Bourgelat qui y loge la première école vétérinaire au monde !

… oui … alors… en réalité Claude Bourgelat avait fondé cette école d’abord à la Guillotière, qui était au 18e siècle faubourg indépendant en dehors de la ville de Lyon… (aujourd’hui à l’emplacement de l’école vétérinaire il y a l’école Chavent). Mais on s’égare, on s’égare ! revenons en bord de Saône !

Claude Chauveau fut évidemment un des directeurs de l’école vétérinaire.

Quai Arloing

Le quai Arloing est nommé en l’honneur de Arloing, Saturnin de son petit nom. Il était professeur à l’école vétérinaire, sous Saturnin Chauveau.

Quai de Saône - conservatoire
L’ancien monastère, l’ancienne école vétérinaire, aujourd’hui Conservatoire Nationale Supérieur de Musique et de Danse de Lyon alias le CNSMD de Lyon (parce qu’il y en a à Paris aussi)

Quai Jaÿr

Ainsi nommé en l’honneur de Jaÿr, Hippolyte-Paul de son petit nom composé, qui fut Préfet sous Louis-Philippe, pair de France et ministre. (Oui, ce n’est pas le premier préfet de l’article : si vous rêvez d’un quai lyonnais à votre nom, vous savez ce qu’il vous reste à faire !)

Beaucoup de constructions de quais à Lyon ont été décidées après les terribles inondations de 1856, mais le préfet Jaÿr décida de la construction de celui-ci après les inondations de 1840, quand Vaise eut les pieds dans l’eau. D’où le nom du quai. Mais il fallut attendre les inondations de 1856 pour que les travaux commencent vraiment !

Quai du Commerce

Anciennement nommé quai de l’Industrie (on longe Vaise ici, qui fut un des grands quartiers industriels lyonnais), aujourd’hui quai du Commerce (peut-être parce que ça fait plus chic ?).

Quai Paul Sédaillan

Sédaillan, Paul de son prénom, fut docteur en médecine lyonnais et bactériologiste (Lyon, en plus d’être une grande ville de préfecture et une grande ville de médecine). Peu connu, le ruisseau de Rochecardon, descendant des monts d’Or, se jette dans la Saône par ici.

Quai Raoul-Carrié

Raoul Carrié ne fut ni préfet ni médecin, mais maire de Saint-Rambert, alors commune indépendante avant son annexion par Lyon en 1963.

De ce quai, vous pouvez enfin traverser la Saône, profiter de la magnifique Île-Barbe, vous arrêter chez Jocteur, et passer sur l’autre rive.

Quais de Saône : l'Ile Barbe
L’île Barbe

… la suite des quais de Saône dans un prochain article.

Comments

mai 19, 2020
Vous avez oublié de nous parler de l'homme de la roche ? Qui était-il ? merci
Olivier
mai 22, 2020
Oui c'est frustrant, on ne peut pas parler de tout en détail dans un article... mais le personnage de l'homme de la roche, surnommé le "bon allemand", de son vrai nom Jean Kléberger, fait une apparition en "guest star" ! C'est dans notre nouvelle visite contée du Vieux-Lyon tous publics "Discorde dans l'imprimerie" !

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