L’histoire de la soie : Lyon au centre du monde !
Cybele - Croix-Rousse - Soierie vivante

Lyon et la soie, c’est toute une histoire. Ou plutôt des histoires ! Des histoires de gros sous, de technique, d’art, une histoire sociale aussi. Voici la petite histoire de la soie à Lyon, « la Fabrique » comme disaient les canuts…

La soie et les sous !

Au 15e siècle et début du 16e, les foires de Lyon cartonnent ! Elles profitent du rebond économique après la Guerre de Cents ans, l’axe Saône-Rhône entre le nord et le sud joue à fond et concurrence Genève. Les Italiens vendent beaucoup à Lyon. De la soie notamment. Un peu trop d’ailleurs au goût des rois de France : l’argent se fait la malle en Italie.

Après quelques tentatives, François Ier donne à Lyon le monopole d’importation de la soie. Surtout il file un coup de main à Étienne Turquet et Barthélemy Naris, deux marchands italiens, pour qu’ils ouvrent un atelier de soierie à Lyon. En échange pas d’impôts. Turquet et Naris font venir quelques ouvriers de Gênes et d’Avignon (terre du Pape à l’époque). En quelques années, Lyon devient une des villes principales en Europe pour la soie.

Impasse Turquet, du nom du premier commerçant de soie
Pauvre Turquet, qui n’a le droit qu’à une toute petite impasse piétonne dans sur les pentes de Fourvière…

Après, ça se gâte un peu. Les guerres de religions désorganisent les circuits de marchandises, l’activité chute. Mais Lyon va rebondir… et c’est une histoire d’art et de mode.

Fashion week

fashion week
Les fabricants lyonnais comprennent qu’avec la mégalomanie versaillaise de Louis XIV, il y a une carte à jouer. Louis XIV donne le « La » à Versailles, la cour de France devient le modèle des autres monarchies européennes. Chaque année, les fabricants lyonnais proposent de nouveaux modèles de tissu. Et dès que leurs concurrents réagissent pour les copier, les lyonnais l’année suivante proposent d’autres nouveaux modèles.

Ils sont même plus filous ! La première année les lyonnais vendent leurs nouveaux modèles très chers, et dès que leurs concurrents arrivent avec les copies, ils bradent les prix de ce qui devient alors des anciens modèles.

Au 18e siècle c’est un âge d’or de la mode française. Le monde regarde la France, et pour la soie, la France c’est Lyon. Bon ok, on s’emballe un peu dans le chauvinisme lyonnais, mais en gros c’est comme ça que ça se passe.

Les imprimés de la soie du 18e siècle

Les lyonnais jouent au concours Lépine

Pour être à la pointe, il faut aussi innover dans la technique. Pas tellement en mode start-up avec une application smartphone qui révolutionne tout, mais de lentes et continues améliorations techniques, et quelques sauts techniques de-ci de-là.

On pique le savoir-faire des Italiens à la Renaissance, on améliore nos métiers à tisser au 16e et 17e siècles, au 18e on rivalise avec les petites inventions successives au Royaume Uni, les nôtres et les leurs révolutionnent le filage (fabriquer du fil) et le tissage (fabriquer du tissu à partir des fils).

Mais le moment le plus connu à Lyon, c’est Jacquard – comme les pulls ou les chaussettes mais là c’est un métier à tisser. La mécanique conçue par Jacquard (un Lyonnais ! cocorico !) automatise une bonne partie du travail du tisseur. Ceci grâce à un carton perforé, une sorte de programme avec des pleins (du carton) ou des vides (un trou dans le carton) traduisant le dessin à tisser. Un peu comme les 0 et les 1 de l’écriture informatique.

… heu bon on va casser le mythe Jacquard. Le gars n’a pas non plus tout inventé, il s’est appuyé sur plusieurs inventions qui existaient avant lui, des ingénieurs ont aussi bien amélioré son métier à tisser après lui. Il n’était pas seul. Mais il a eu le grand mérite de penser à rassembler les inventions des autres et c’est vraiment un moment décisif.

Jacquard qui a transformé l'histoire de la soie à Lyon
Joseph-Marie Jacquard sur la place de la Croix-Rousse

Du métier à la barricade

Au début du 19e siècle, Lyon est toujours la « silicon valley » de soie… ou plutôt la « silicon hill » de la soie ! Car les tisseurs de soie, les « canuts » comme on les appelle à Lyon, s’installent alors à la Croix-Rousse, dans de nouveaux grands immeubles, avec de hautes fenêtres (et des traboules bien sûr, on est à Lyon !).

Mais les canuts vivent dans une très grande pauvreté. Les marchands-fabricants (qui ne fabriquent rien mais marchandent beaucoup) leur achètent très peu cher des rouleaux de soie qu’ils revendent très chers sur les marchés internationaux.

Contre la pauvreté, les canuts se révoltent deux fois, en 1831 et 1834. Ils exigent une hausse de leur salaire. Il y a des morts, des deux côtés des barricades. Ces deux révoltes font partie des premières révoltes ouvrières, elles marquent les esprits dans toute l’Europe qui s’industrialise alors. (Lyon est encore au centre du monde, n’est-ce pas ? re-Cocorico !)

Les révoltes des canuts
Plaque commémorative sur la mairie du IVe

Les canuts à la Une

Les canuts avaient aussi leur journal, l’Echo de la Fabrique. C’est le premier journal ouvrier pérenne de France (encore une première à Lyon ! cocorico bis et ter !) C’est un peu un mix entre l’Humanité et le Canard Enchaîné, notamment avec la rubrique intitulée “le coup de navette” (la navette du métier à tisser) : une sorte de faux courrier des lecteurs où sont dénoncés avec humour les abus des marchands-fabricants.

On ne résiste pas à vous partager trois “coups de navette” (édités après la première révolte de 1831) :

Les ouvriers avaient sollicité une amélioration à leur sort, et on leur a envoyé le ministre de la guerre, 26 000 hommes de la garnison, des canons, etc. Sensible amélioration !

Un prince a dit : « Les intérêts des uns doivent être les intérêts des autres. » Les ouvriers sont toujours les uns, quand seront-ils donc les autres ?…

Vous vous plaignez que les prud’hommes ne font point d’améliorations, c’est une erreur : ils ont remplacé la table carrée devant laquelle ils jugeaient, par une table à fer-à-cheval autour de laquelle ils jugent.

A la fin du 19e siècle, Aristide Bruand rend hommage en chanson aux canuts révoltés : Le chant des canuts, interprété par l’équipe Cybèle

La soie à Lyon aujourd’hui

On vous conseille quelques bonnes adresses ! Il n’y a pas de « musée de la soie » à proprement parler à Lyon mais multiples propositions, toutes très riches et complémentaires !

La soie en visite contée

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Visite contée de la Croix-Rousse

Jirôme ou la révolte d'un canut
Croix-Rousse
8 ans et +

 

Certaines de nos visites démarrent par une démonstration de tissage dans l’atelier de Soierie vivante. C’est un de leurs métiers que vous voyez sur la photo de couverture.

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