Les visites guidées et les mesures de distanciation sociale

Cette article a été écrit en deux temps. La première partie a été écrite en anticipation de la reprise, la deuxième est un bilan d’expérience une fois les première visites effectuées.

Après un long confinement, nous reprenons les visites ! Comme tout le monde nous avons dû nous adapter aux nouvelles mesures sanitaires, aux nouvelles peurs et à notre environnement quotidien qui a évolué. Demain nous rattaquons les visites, et ça a soulevé quelques interrogations. Voilà un résumé des questions que nous nous sommes posées et les réponses que nous avons apportées !

Quelles visites peut-on programmer ?

Dans un premier temps il a fallu faire le tri. Nous avons exclu toutes nos visites qui nécessitent impérativement d’entrer dans des lieux en intérieur (par exemple la visite des Gratte-ciel de Villeurbanne qui passe par un appartement témoin) ; toutes les visites qui passent par des endroits dont l’accès est interdit en ce moment (cours intérieures de musées, halls de bâtiments publics, etc.) et toutes les visites qui nécessitent de la manipulation de matériel (Visite-enquête) ou de nourriture (visites gastronomiques) et qui nous auraient demandé une adaptation trop contraignante et coûteuse.
De 15 visites habituellement disponibles dans notre catalogue, nous sommes passés à 5 visites disponibles en post COVID19 !

Quelles adaptations de parcours ?

Nous avons passé au peigne fin toutes les visites pour adapter les parcours. Nous ne serons pas plus de 10 personnes par groupe (un guide et neuf visiteurs), nous nous tiendrons tous à 1m minimum les uns des autres, ce qui nécessite pas mal de place à chaque fois que l’on veut s’arrêter. Nous avons retravaillé chaque parcours pour éviter les endroits trop exigus et pour s’arrêter uniquement si l’on a suffisamment d’espace.

Et les traboules ?

À Lyon, nous avons eu à traiter la question des traboules. Ce n’est pas la première fois que nous devons réfléchir à l’intégration des traboules dans nos visites et nous avions déjà fait le choix de ne plus jamais parler à l’intérieur des traboules.

Qu’en est-il des traboules en temps d’épidémie ? Les traboules sont des lieux privés, par lesquels nous avons la chance de pouvoir passer en temps normal car les habitants nous y autorisent, à condition de les respecter et garder le silence. Aujourd’hui les inquiétudes sont présentes, tout le monde prend ses marques. Il nous semble que respecter les habitants, cela signifie les laisser tranquille le temps que chacun s’accoutume aux nouvelles mesures.

D’ailleurs en voyant l’inscription ci-dessous sur une porte, on s’est dit que c’était probablement une bonne décision, le temps que tout le monde se rassérène face à la situation. D’autant qu’actuellement nous n’accueillons que des lyonnais ou des visiteurs habitants à moins de 100km de Lyon qui auront tout le loisir de revenir après l’épidémie.

 

Masque VS visière ?

La grande question ! On a essayé les deux, en conditions réelles, avec un.e guide de l’équipe qui fait la visite et les autres autour qui écoutent avec leur masques, à un mètre les uns des autres et voici ce qu’il en ressort.

Le masque absorbe toutes les fréquences aigües et fait un rendu de voix étouffé, mais en articulant bien et en parlant fort, le public comprend les mots. Par contre il cache une large partie du visage et on perd vraiment beaucoup d’expressivité.
Côté guide, le confort n’y est pas ! La gestion du souffle en tant que guide est très importante, nous travaillons dessus en permanence. Le masque restreint la prise d’air et on peut s’y accoutumer sur une courte durée, mais au bout de quelques minute de prise de parole, ça devient de plus en plus difficile de prendre sa respiration.

La visière absorbe le son, mais nettement moins que le masque, et transmet un peu plus de fréquences aiguës que le masque ce qui rend l’articulation un peu meilleure. On perd certes une part des expressions du visage du guide lorsque la buée se crée sur le plastique mais on est à des années lumières du masque ! Les reflets du soleil cachent aussi les expressions mais comme la tête du guide et le visiteurs sont en mouvement continu, le reflet se balade et on ne perd pas en expressivité. La visière est légère tout en tenant bien sur le front, ce qui ne la rend pas désagréable à porter. On peut imaginer qu’en cas de grand vent, ça peut poser problème, mais dans des conditions standards ça fonctionne très bien. Le bémol côté guide, c’est qu’on s’entend beaucoup. Le son de la voix bute sur le plastique et il est reconduit directement jusqu’à nos oreilles, ça fait une sensation d’amplification pour le guide mais c’est l’inverse pour le visiteur. Il va falloir trouver un nouvel équilibrage de la voix et s’y habituer. On finira peut-être la journée avec la tête farcie !

Les cartes postale ?

À chaque fin de visite nous distribuons des cartes postales en cadeau (et parfois pendant la visite). Nous continuerons à les distribuer en nous désinfectant au préalable les mains au gel hydro-alcoolique. Les visiteurs ont la possibilité d’accepter ou de refuser la carte, comme toujours !

Tout ceci reste très théorique ! Nous entamons la pratique demain, nous vous ferons un retour sur expérience après un week-end de visites !


Nos retours du week-end

Voilà, la reprise a eu lieu… et il faut quand même bien le dire, ça a redonné du sens à notre métier ! Dans le contexte sanitaire qui bouleverse nos habitudes, être de nouveau face au public, retrouver les rues de Lyon et vivre des moments hors du temps en embarquant les visiteurs dans nos histoires, c’était bien !
Maintenant, passons aux retours concrets sur les conditions d’exercice.

Visites contées de Lyon avec visière

Nous avons encore affiné les parcours sur le terrain pour éviter les imprévus (un bruit non anticipé, une place pleine de lyonnais en manque d’extérieur, le fort ensoleillement, etc.) mais ça fait partie de notre travail au quotidien, même hors contraintes du COVID19, nous avons l’habitude !

Nous avons fait un préambule avant chaque visite pour annoncer les mesures exceptionnelles et notamment le fait qu’on ne passerait pas par les traboules. Nous avions peur des frustrations mais en expliquant les raisons, tous les visiteurs ont été très compréhensifs.

Nous continuons à penser que la visière est la meilleure solution et de loin. Cependant, les difficultés que nous avions entrevues avec le vent se confirment. La visière, selon la morphologie, peut tenir plus ou moins bien sur la tête. Certains d’entre nous allons trafiquer nos visières en y ajoutant des élastiques, bandeaux ou autre pour qu’elles soient bien fixées à la tête. Le vent fait également bouger le plastique souple recouvrant le visage et touche le visage en cas de coup de vent… Il faudra se positionner au mieux avec le vent dans le dos et surtout, s’y habituer le temps que dureront ces contraintes !

Pour la voix, nous commençons à prendre nos repères. Il faut avoir l’impression de parler très fort pour être entendus correctement par l’auditoire. Il faut aussi articuler et surtout, il faut parler lentement. Dès que l’on accélère un peu trop le débit de parole, on perd beaucoup en compréhension !

Nous avons demandé à nos publics de porter chacun un masque et ce fût une de nos plus grandes difficultés. N’avoir que les yeux et le front en guise de réaction du public est TRÈS limité. Une grande part de notre énergie de guide et de notre capacité d’adaptation à nos publics vient de ce qu’ils expriment par leur visage. Il faudra s’y faire pour les temps qui viennent…

Visite théâtralisée de Lyon avec masque et visière

Pour conclure, nous étions un peu déstabilisés et en prise de repères mais les visites se sont très bien passées. Le weekend prochain sera encore mieux et nous sommes confiants pour la suite !

Comments

Aude Thierrin
mai 17, 2020
Bonjour à toute l’équipe. Un grand merci pour ce Retour sur Expérience! Très instructif. Et bonne reprise à vous!

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