La colline qui prie, la colline qui travaille
La petite histoire des quais de Saône

À Lyon, c’est quelque chose que l’on entend souvent : pour nommer nos deux collines, Fourvière et Croix-Rousse, on a tendance à utiliser les expressions de “colline qui prie” pour la première, et “colline qui travaille” pour la seconde.

Mais saviez-vous qu’avant la révolution Française, c’était l’inverse ?

Sainte Fourvière et laborieuse Croix-Rousse

Aujourd’hui, cela semble être une évidence et si l’on connaît un peu Lyon, on comprend vite laquelle est laquelle.

Tout en haut de la colline de Fourvière, la basilique emblème de Lyon, et point névralgique de toute l’activité religieuse Lyonnaise, ne laisse aucune place au doute. Au pied de la colline, la Cathédrale Saint-Jean aussi appelée “primatiale des Gaules”, considérée comme la première des Cathédrales françaises vient ré-affirmer ce titre de “colline qui prie”.

De l’autre côté de la Saône, la colline de la Croix-Rousse est recouverte d’immeubles de canuts ayant accueilli pendant tout le XIXè siècle la population laborieuse lyonnaise. Les tisseurs de soie y avaient installé leurs métiers à tisser, ces nouveaux métiers modernes conçus au début du siècle avec leur “mécanique Jacquard”, du nom de l’un de ses inventeurs. Les métiers à tisser mesuraient 4m de hauteur, et il leur fallait des immeubles sur mesure. On construisit donc des centaines de logements pour que les canuts puissent y vivre et y installer leurs métiers à tisser.

Mais Fourvière avant ça ?

Avant la révolution français cependant, la situation était toute autre.

Les ouvriers, depuis la Renaissance, étaient installés autour du quartier Saint-Georges, au sud du Vieux-Lyon. C’est là que l’on trouvait la majorité des tisseurs de soie, autour des rues Saint-Georges ou de la montée du Gourguillon. Leurs logis occupaient une partie des pentes de la colline de Fourvière.

Et au sommet de Fourvière ? Qu’y avait-il ? Presque rien ! Une petite chapelle dédiée à la Vierge qui commença seulement à prendre un peu d’importance lorsque l’on décida d’ajouter au sommet de son clocher une statue de la Vierge Dorée. Mais ça, c’était en 1852. La Basilique quant à elle, fut construite à partir de 1870.

Avant, à part le pèlerinage annuel chaque 8 septembre pour remercier la Vierge d’avoir sauvé Lyon de la peste au 17e siècle, il n’y avait rien.

Vue de la Saône à Lyon, avec l’Église de S. Jean, l’Archevêché, et N. D. de Fourvière, Jean-Baptiste Lallemand, Source gallica.bnf.fr / BnF

Et Croix-Rousse autrefois ?

Pour la Croix-Rousse aussi, la situation était très différente. Si les promoteurs immobiliers du XIXè siècle ont choisi la Croix-Rousse pour construire des immeubles pour les canuts, c’est parce que la colline était très peu peuplée et qu’il y avait beaucoup de place. Les grands métiers à tisser de plus de 4m de haut ne tenaient plus dans les logements de la Renaissance du quartier Saint-Georges et ils furent installés sur la colline d’en face.

Avant eux, des monastères peuplaient les pentes de la colline. Ils furent vidés à la Révolution mais on garde encore leur trace, essentiellement dans les noms des rues de la colline. Les Chartreux, l’Annonciade, les Carmélites, le Bon Pasteur, les Augustins, les Capucins… est-ce que ça vous dit quelque chose ?

La très belle Église baroque de Saint-Bruno des Chartreux, à la Croix-Rousse

Les temps ont changé

Avant la révolution française donc, la Croix-Rousse était une “Colline qui prie” avec ses nombreux monastères. Quand à la colline de Fourvière et ses pentes peuplées d’ouvriers, c’était bel et bien une “colline qui travaille” !

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