Histoire de la création d’une visite guidée

Nous entendons de temps en temps des questions sur la création de nos visites, sur tout le travail en amont. « Mais où est-ce que vous allez chercher toutes ces informations ? » « Vous apprenez vos textes par coeur ? » « Est-ce que tous les guides Cybèle racontent exactement la même chose ? »
Et nous avons réalisé que l’anatomie d’une visite, et l’histoire de sa création étaient quelque chose d’assez mystérieux pour vous. Et comme on a rien à cacher, aujourd’hui on dissèque la visite Cybèle.

Étape 1 : L’idée de départ

On commence toujours par choisir un sujet, une thématique générale. Ça peut-être quelque chose de très précis comme par exemple « la révolte des Canuts de 1831 », thème de notre visite contée « Jirôme ou la révolte d’un canut » ou quelque chose de plus général comme « Lyon à la renaissance », thème de notre visite théâtralisée « Grande Foire Royale ».
L’idée de départ peut venir d’une seule personne et elle va séduire le reste de l’équipe. Elle peut aussi venir d’une volonté commune de l’équipe, elle peut surgir d’un coup lors d’une réunion et c’est un coup de coeur, il n’y a pas de règle. Quand on a vraiment envie de traiter un sujet, on le met dans le calendrier de production (en moyenne deux nouvelles visites par an), et c’est parti.

On se répartit le travail, entre nous trois il y a un « chef de projet », un « second » (qui va aider aux relectures diverses, servir de ping-pong pour les phases créatives, etc) et un « extérieur » qui n’assiste qu’au minimum des séances de travail et qui peut avoir un regard assez extérieur pendant les visites test.

Étape 2 : La phase de recherches.

Il faut commencer par faire des recherches documentaires, et pour ça, notre QG c’est le 4e étage de la bibliothèque de la Part-Dieu, la section « histoire locale ». Bien sûr, on travaille aussi avec beaucoup de livres qu’on a chez nous, des archives, toutes sortes de documents.
On a de plus en plus accès à des documents d’archives (type livres très anciens) en libre accès sur les plateformes numériques des grandes institutions, par exemple Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. C’est le genre d’avancées de la technologie qui font une différence incroyable pour nous.

On alterne les recherches documentaires, et les recherches sur notre « format » de visite. Est-ce conté ? théâtralisé ? Si c’est théâtralisé, quel est le personnage qui parle ? à qui ? Quelle couleur émotionnelle donner à telle ou telle scène, etc. Tout ceci reste très théorique, cette recherche du format change souvent radicalement lors des visites test. La scène et le vrai public, y’a pas mieux !

Étape 3 : La phase d’écriture

Ça comprend le texte qu’on apprendra et qu’on dira pendant la visite (je reviendrai là dessus) mais aussi des « consignes de jeu » et des « indications de transmission du contenu historique ».
Pour chaque scène, on essaye d’écrire une sorte de mini résumé avec les 4 ou 5 points essentiels de la scène : quel est le contenu important à transmettre ici, quelle est la couleur émotionnelle de la scène, quels sont les éléments à ne pas oublier.

Étape 4 : La phase de test.

Notre dernière visite test en date : La visite historique et coquine de Lyon !

Nous prévoyons toujours 3 à 4 tests publics. Après chaque test, s’en suit une période éventuelle de nouvelles recherches (si jamais on réalise qu’on a oublié de traiter un sujet important, ou qu’on manque d’informations sur un sujet), on repense les format en fonction des retours, et on réécrit. On re-teste, et on recommence.

Étape 5 : Le lancement de la visite

Le lancement va souvent avec la dernière visite test, qu’on propose à la fois pour faire connaître la visite, et pour finir de se rôder. L’an dernier par exemple, nous avons proposé 3 séances gratuites pour la nouvelle visite « Entre Saône et Rhône : Lyon au fil de l’eau ». Cela nous a permis à chacun de mener cette visite au moins une fois, et d’inviter plein de monde à venir la découvrir !

Étape 6 : La suite

Il faut ensuite que chacun apprenne le texte pour pouvoir la mener. Nous n’apprenons jamais aucun texte par coeur, le texte écrit nous donne un type de langage, une orientation générale, mais nous redisons toujours le texte avec nos mots à nous. Au fil du temps, au fil des visites menées, nous nous l’approprions toujours de plus en plus. Au bout d’un an ou deux, vous pouvez suivre Olivier, Lucille et Clémence sur la même visite, vous aurez très certainement trois expériences très différentes, mais le contenu documentaire, la tonalité générale et l’ambiance seront toujours les mêmes !

Nous formons aussi les comédiens qui travaillent avec nous. Sur le jeu, les scènes, mais surtout sur les contenus documentaires. Aussi, nous organisons de temps en temps des conférences sur les sujets de nos visites pour nous former tous ensemble, apprendre, s’enrichir mutuellement.

Notre dernière conférence sur la révolte des Canuts – avec un petit apéro pour terminer ! 😉

Étape 7 : Trois ans plus tard…

Il arrive que nos visites prennent des petits coups de vieux, deviennent poussiéreuses. Au bout de quelques temps, nous nous ennuyons un peu, nous sentons que nous avons mûri, notre façon de faire s’est améliorée, et les anciens formats ne sont plus pertinents.
Dans ces cas là, nous remettons à jour nos anciennes visites, pour ne jamais nous reposer sur nos lauriers. C’est du travail de ré-écriture, d’apprentissage, mais c’est un tel plaisir !
Nous avons déjà fait ça il y a quelques temps avec la visite des Gratte-Ciel, et celle de la Guillotière. Le mois dernier, nous avons aussi complètement réécrit notre visite théâtralisée du Vieux-Lyon “Grande Foire Royale !”

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Comments

avril 16, 2019
[…] Histoire de la création d’une visite guidée. Par bien des aspects, cela me rappelle un peu la création d’une conférence. (Via […]

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