Les enfants de Canuts 🧶

Vendredi 1er mai 2020 / Semaine spéciale enfants !

Pendant le confinement, chaque jour une chanson ou une histoire ! Aujourd’hui, une jeune canuse vous raconte son quotidien, entre école et métier à tisser.

      Les enfants de canuts

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Je m’appelle Bénédicte. J’ai 11 ans. Mon père est canut, il travaille sur une grande machine qui monte jusqu’au plafond, chez nous dans l’appartement. Avec cette machine pleine de fils et grâce à la force de ses bras, il fabrique des tissus magnifiques en soie. Ma mère est canuse, elle prépare les fils, elle fait aussi les courses, le ménage et à manger pour tout le monde.

Et mon père est chef d’atelier, alors il y a du monde à la maison ! Il y a plusieurs métiers à tisser, plusieurs bistanclaques comme y dit Tony. Un derrière chacune des grandes fenêtres. Un pour mon père, un pour l’apprenti Tony, qui vit chez nous depuis 3 ans et un pour moi. J’ai un métier plus petit que les autres. J’ai pas encore la force de tirer des battants en bois aussi lourds que ceux de Papa et Tony. Moi je fais de la soie d’une seule couleur. Sans dessin. J’apprends. Papa regarde ce que je fais. Il me donne des conseils. Je dois toujours faire les mêmes gestes et je dois toujours tirer le battant de bois avec la même force, sinon c’est moche, c’est pas régulier et ça se voit sur le tissus. Alors je dois tout dé-tisser et tout recommencer. Quand ça arrive, ça agace papa. Il crie pas mais il serre fort les dents et ne dit rien.
Tony l’apprenti c’est un peu comme mon grand frère. Quand il travaille bien, mon père le regarde avec les yeux qui brillent en disant qu’il fera un bon chef d’atelier plus tard. Mais parfois il lui dit que c’est un bon à rien. Lui il rit tout le temps, il est joyeux.

Et puis il y a ma petite soeur et mon petit frère. Ils ont 7 ans et 5 ans, Ma soeur va à l’école. Mon frère est encore trop petit. Moi aussi j’y suis allée, jusqu’à mes 10 ans. J’aimais bien ça, les journées passaient plus vite que quand je tisse, et puis j’avais mes copines que je voyais tous les jours. Papa dit toujours que maintenant que je sais compter, lire et écrire, je peux être une vrai canuse ! Je vois pas trop pourquoi. Il dit que c’est important. Que comme ça je me ferai pas rouler par ceux qui nous achètent la soie. Il dit tout le le temps qu’il faut se faire respecter dans la vie !

Chez nous on se lève tôt, surtout l’été. Dès que le soleil arrive hop on se met au travail. Et quand il commence à faire nuit, alors on s’arrête. Parfois les grands travaillent vraiment TOUTE la journée, 14h, 16h. Moi je travaille pas autant sur la machine. Maman a peur que ça me fasse mal au dos. Je l’aide à faire la soupe, à mettre la table et à faire la vaisselle. Et surtout je m’occupe de ma petite soeur, comme ça tout le monde peut travailler tranquille. Ça fait mal à la tête en fin de journée d’entendre le bruit des machine tout le temps.

Parfois, quand papa vient de terminer un rouleau de soie et qu’il a reçu sa paye, on sort le soir. Et la c’est la fête ! On danse, on rit, la dernière fois j’ai même eu le droit d’inviter une amie.

Quand je suis sur mon métier à tisser, je suis tout prêt de la fenêtre. Le soleil me réchauffe. Mais quand j’aide maman à la cuisine on est tout au fond de l’appartement. C’est sombre, on n’y voit pas grande chose. En plus, on est sous la mezzanine, là où on dort nous 5 plus Tony. À chaque fois que ma petite soeur bouge la nuit, ça me réveille. Elle arrête, pas, ça m’énerve. Parfois j’ai l’impression qu’elle en fait exprès.

Heureusement, y’a le dimanche ! C’est le seul jour ou je peux enfin retrouver les copines que j’ai rencontrées à l’école. Faut toujours que j’amène ma soeur et mon frère avec moi, même le dimanche ils sont dans mes pattes ! Souvent je demande à papa de me donner une petite pièce et avec les copines on va sur la place Bellecour acheter un coco, c’est une boisson fraîche réglisse citron. Avec les copine on adore ça ! Ensuite on remonte sur la colline et on papote en sirotant jusqu’au soir ! Et de temps en temps on chante le chant des p’tits canuts.

Voilà les p’tits canuts,
Qui se la coulent douce,
D’saint Just à la Croix-rousse,
Partout ils sont connus !

Et Bistancalque et pan,
La navette et l’battant,
R’gardez comme ils sont Ch’nus,
Voilà les p’tits canuts !

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