Le rocher de Pierre Scize ⛰

Mardi 24 novembre 2020

Pendant le confinement, chaque jour une chanson ou une histoire ! Aujourd’hui, on vous parle d’un élément lyonnais complètement méconnu et qui fut pourtant célébrissime : le rocher de Pierre Scize.

Cet épisode a été réalisé avec Damien Petermann : doctorant en Géographie à l’université Lyon 3, il travaille sur l’image touristique de Lyon aux 19e-20e siècles et plus largement les représentations anciennes de la ville dans les textes et l’iconographie. Vous pouvez le suivre sur Twitter et sur son carnet de recherche Hypothèses L’image de Lyon.

      Le rocher de Pierre Scize

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Château de Pierre Scize par W. Marlow, peinture, inv. (9)98.6
Château de Pierre Scize par W. Marlow, peinture, numéro d’inventaire « inv. 98.6 », crédits : Musées Gadagne / Xavier Schwebel

Source : Damien Petermann, « L’importance de l’entrée nord de Lyon dans la construction de l’image de la ville (1750-1860) », in Tatiana Debroux, Yannick Vanhaelen & Judith le Maire (dir.), L’entrée en ville : aménager, expérimenter, représenter, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2017, p. 149-158.


Et nous accueillons l’emblème de Lyon, celle qui fut de tous temps l’image de notre belle ville, son entrée principale, notre phare dans la nuit, j’ai nommé : La colline de Fourvière !

Rocher de Pierre Scize : …sanglots…

Colline de Fourvière : Merci cher public adoré… Bah alors mon petit, faut pas pleurer comme ça !

Rocher de Pierre Scize [Pleurant] : … vous racontez n’importe quoi, la colline de Fourvière elle était rien ni personne. C’était moi ! L’image de Lyon, l’entrée monumentale de la ville. MOI !

Colline de Fourvière : Euh… mais vous êtes qui ?

Rocher de Pierre Scize [Pleurant] : Vous n’avez pas honte ? Vous avez pris ma place, et vous ne me reconnaissez même pas… Je suis le Rocher de Pierre Scize !

Colline de Fourvière : Rocher Pierre Scize… Ah mais oui je vois ! j’adore ! C’est vous le long de la saône ? Avec la statue de l’homme de la roche ? En face de la passerelle ?

Rocher de Pierre Scize : Mais non !!! Mais c’est pas possible vous m’avez quand même pas oublié à ce point là ???

Colline de Fourvière : Ah… c’est pas ça ? Ben désolé je vois pas… en même temps vous prétendez être l’emblème de Lyon alors que tout le monde sait que c’est moi. Vous êtes qui au juste ?

Rocher de Pierre Scize : Tout le monde m’a oublié.
J’étais un éperon rocheux monumental qui surplombait la Saône. Avant le tunnel de Fourvière, les voies ferrées et la gare de Perrache, tout le monde entrait à Lyon par la Saône. Et tout le monde m’admirait.

D’ailleurs, la ville était toujours critiquée mais moi jamais. On disait que Lyon était sombre, sale, repoussante. Mais moi j’étais pittoresque, le seul paysage de la ville digne d’intérêt. Les artistes qui passaient à Lyon ne représentaient jamais ni l’Opéra ni l’Hôtel de Ville. Ils me représentaient moi. Le Rocher Pierre Scize.

En plus j’accueillais LE château fort de Lyon. Un vrai château fort. Du moyen âge. Avec des prisons, un donjon, des gros murs fortifiés. Un vrai château fort qui gardait l’entrée de Lyon, avec un escalier taillé dans le roc. Alors ? Hein ? C’est qui l’patron ?

Colline de Fourvière : Mais enfin, ça va pas bien ? Vous racontez n’importe quoi, personne n’a jamais entendu parler de château fort à Lyon voyons…

Rocher de Pierre Scize : J’ai des preuves ! Aujourd’hui, le quai s’appelle Pierre-Scize. Mon nom latin c’était “Petra Incisa” et ça veut dire “Pierre Coupée”.
En face de moi, il y a un autre rocher qui accueille le Fort Saint-Jean. La légende dit que lui et moi, on était une seule et même roche. Et on a été coupé en 2 par un général romain, Agrippa, pour creuser une voie romaine passant par Lyon.

C’EST GRACE A MOI Qu’on a pu arriver ici au confluent et fonder la ville. C’EST MOI L’ORIGINE DE LYON !

Colline de Fourvière : Mais calmez-vous, tout le monde sait très bien que la ville de Lyon, a été fondée sur ma colline, Fourvière.

Rocher de Pierre Scize : Peut-être, sauf qu’aujourd’hui, quand on dit Fourvière à un parisien, il pense quoi ? Il pense tunnel, autoroute, bouchons, grisaille, pollution. Vous êtes fière de ça ?
Moi quand j’étais encore l’entrée principale de la ville, j’étais admiré, dessiné, peint, gravé, décrit, représenté. Tout le monde trouvait que j’étais l’endroit le plus pittoresque de la ville. QUE DIS-JE DE TOUTE LA RÉGION !

Vous voulez une preuve ? Alexandre Dumas disait : “Si l’on veut prendre une idée quelque peu honorable de Lyon, il faut y arriver par la Saône. Alors son aspect triste, sale et monotone vu des autres routes, se présente avec quelque peu de grandiose et beaucoup de pittoresque

Alors ? Et puis tous les artistes flamands, anglais, hollandais qui sont passés par Lyon, m’ont représenté MOI. Pas vous ! Tout le monde s’en fichait de Fourvière.

Colline de Fourvière : Oui ok vous avez peut-être été important mais bon aujourd’hui plus personne parle de vous, on sait même pas que vous avez existé

Rocher de Pierre Scize : C’est de votre faute. Il y a eu l’arrivée du train puis un siècle plus tard celle de l’autoroute. De moins en moins de monde arrivait par la Saône.
[Rythme qui ralentit] Ma disparition a commencé avec la destruction de mon beau château. C’était une forteresse royale, les révolutionnaires voulaient ma peau. Ils en ont fait leur “bastille” lyonnaise. Dès que le château a disparu, tout le monde en a profité pour commencer à me découper en morceaux. C’était pratique, ça faisait une carrière à domicile. Puis on a continué à me découper pour construire le quai, des bâtiments…

Aujourd’hui je ne suis presque plus rien. Un rocher minuscule oublié derrière un hangar. Moi et mon passé pourtant si glorieux. [sanglots…]

Colline de Fourvière : ohhhh… mais non on ne vous a pas oublié, regardez, vous êtes en peinture au musée Gadagne. Vous appartenez à notre passé. Mais c’est bien aussi !
Et maintenant l’emblème et l’entrée de Lyon c’est moi. C’est comme ça. Le temps passe.

[en aparté] bon vous pouvez le faire sortir s’il vous plait ? J’aimerais bien qu’on parle de moi là. Ça fait 10 minutes qu’il pleurniche ? C’est par où l’interview…

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