Lyon, 5 décembre 1852. [Fête des lumières #1] 🕯

Samedi 5 décembre 2020

Pendant le confinement, chaque jour une chanson ou une histoire ! Aujourd’hui, voici le premier épisode de notre mini-série sur l’histoire de la Fête des Lumière.

Le dimanche 5 décembre 1852, le chanoine Dugas venait tout juste de terminer sa messe…

      Lyon, 5 décembre 1852. [Fête des lumières #1]

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Dimanche 5 décembre 1852. Sur la colline de Fourvière, encore presque déserte à cette époque là se trouve une petite chapelle dédiée à Saint-Thomas de Cantorbéry et Sainte-Marie.
Ce matin là, le Chanoine Dugas termine sa messe à la Chapelle Saint-Thomas.

[Le Chanoine Dugas, en train d’écrire une lettre]

Mon bien cher frère.

Je sors de la messe et avant de rejoindre ma tante pour déjeuner je prends le temps de t’écrire. Nous préparons une grande fête pour ce mercredi 8 décembre et je dois te raconter cet événement car c’est une grande joie pour nous tous et pour notre ville.

Je t’en ai parlé dans une lettre précédente. Son éminence le Cardinal Louis de Bonald avait souhaité que la chapelle Saint-Thomas et Sainte-Marie où je célèbre la messe quotidiennement, soit surmontée d’un nouveau clocher. Notre chapelle est en haut de la colline de Fourvière, visible de tous les lyonnais.
L’architecte Duboys a été choisi pour ce clocher. Mais l’ambition du Cardinal était de faire de ce clocher un piédestal monumental pour une statue de la très Sainte Vierge qui posera son doux regard maternel sur notre ville de Lyon.

Il a donc lancé un concours auprès des sculpteurs de la ville. J’ai participé au comité de sélection et j’ai insisté pour que nous choisissions cet artiste qui est aussi professeur à l’école des Beaux-Arts de Lyon, Joseph-Hugues Fabisch. Il a réalisé une merveilleuse statue de la Vierge. J’ai eu la joie de le rencontrer, un saint homme avec une dévotion sincère. Son œuvre a ensuite été confiée aux fonderies lyonnaises Lanfrey & Baud pour sa réalisation en bronze doré.

Tu connais nos traditions lyonnaises. Tu l’imagines sans doute, l’inauguration de cette statue était prévue au mois de Septembre, le 8, pour le renouvellement du vœu des échevins et la traditionnelle procession pour la Sainte-Vierge. Malheureusement, cette année les crues sur la Saône ont été particulièrement dévastatrices, si bien que l’atelier Lanfrey & Baud chargé de la confection de la statue s’est retrouvé inondé. A ce propos te souviens tu du père Meunier ? Le pauvre a failli être évacué de chez lui a cause des mêmes crues. Mais il a beaucoup prié et tout s’est arrangé.

Son éminence a suggéré que l’inauguration soit reportée au 8 décembre, jour de la fête de l’immaculée conception. Une date fort à propos pour dévoiler aux lyonnais le visage maternel de la Vierge Marie, veillant sur eux.

Nous réservons à la mère de Dieu un spectacle en son honneur, et quel spectacle ! Nous dirons d’abord la messe à la Cathédrale Saint-Jean car notre chapelle de Fourvière est trop petite pour accueillir toute la foule des lyonnais. Puis nous monterons en procession jusqu’à Fourvière, où la statue sera alors dévoilée, et bénie par le Cardinal.

Enfin, nous avons demandé à tout le peuple de Lyon de préparer des bougies dans des petits pots de verre coloré. À six heures, nous donnerons le signal depuis les habitations qui avoisinent l’église en les illuminant, ainsi que la Chapelle de Fourvière. À ce moment, les lyonnais, n’écoutant que leur foi et leur dévotion, allumeront à leur tour des bougies à leurs fenêtres.
Puis nous allumerons ensuite des feux de Bengale au pied de la chapelle, afin que la statue de la très Sainte-Vierge soit éclairée et visible par tout le peuple lyonnais, comme une lumière d’amour dans le ciel d’hiver.
Ainsi, toute la ville brillera de la piété mariale qui nous anime.

Mais mon cher frère, il se passe des choses étranges dans cette bonne ville de Lyon et surement, les voies du Seigneur sont impénétrables. Alors que nous attendons cette fête avec impatience, nous avons reçu un courrier des ouvriers de la ville tout à fait inattendu.
Pour commencer, laisse moi t’évoquer la situation très inquiétante de notre ville.

En décembre de l’année dernière, lors du plébiscite pour le maintien de l’autorité de Louis-Napoléon Bonaparte, pour lui déléguer les pouvoirs nécessaires pour établir une nouvelle constitution, nous avons été très effrayés par le vote des ouvriers des quartiers pauvres.
Je parle de la Croix-Rousse et de la Guillotière qui depuis le mois de Mars ne sont plus des communes indépendantes mais ont été annexés à la ville de Lyon ainsi que le faubourg de Vaise.
Ces quartiers populeux ont massivement voté contre les pouvoirs accordés à Louis-Napoléon Bonaparte. Heureusement que les voraces, qui se sont révoltés il y a 4 ans à la Croix-Rousse, ont été intégrés à la garde nationale et que la garde nationale désarmée a été cet été. Nous aurions pu craindre une nouvelle révolte de la part du peuple ouvrier.

C’est dans ce contexte de défiance envers l’Église de la part des rouges, bien trop représentés dans ces quartiers de la ville, que nous avons reçu un courrier des ouvriers. Ils nous demandaient de déplacer la grande messe à dimanche prochain pour pouvoir y participer. En effet, la plupart n’ont pas le loisirs de quitter leur atelier en semaine pour assister à la sainte messe.

Nous avons du leur expliquer qu’une messe de rattrapage avait été prévue dimanche 12 décembre, mais qu’il était tout a fait inconcevable de déplacer la célébration d’inauguration a une autre date que le 8 décembre.
Tu vois mon frère, qu’il nous reste encore bien du labeur pour éduquer les classes populaires de notre ville. Nous sommes convaincus ici avec son éminence le Cardinal de Bonald de notre devoir d’éducation et d’évangélisation envers les plus pauvres. Nous devons leur montrer que leur salut ne se trouve nulle part ailleurs que dans la confiance inébranlable en notre Seigneur le Christ Jésus. C’est un grand labeur que de venir à bout de ces idées révolutionnaires si néfastes à leur condition et à leur salut.

Mais voilà que l’espérance renaît. L’œuvre du Saint-Esprit sans doute, qui les pousse à nous supplier de décaler la messe pour y assister.

Mon cher frère, comme tu le lis dans ma lettre, nous attendons ce moment avec une grande impatience. Je te demande très humblement de nous garder dans tes prières et j’espère te voir bientôt lors de l’un de tes voyages.

Que le Christ te garde dans sa bonté et sa sainteté,
Ton frère chanoine,

Le Chanoine Dugas plie la lettre, et quitte les lieux pour aller déjeuner. Ce midi, il a été invité chez sa tante qui habite dans un de ces beaux immeubles bourgeois de la rue Royale. Il doit prendre du repos aujourd’hui car de longues journées l’attendent.

Le lendemain, le Chanoine Dugas se présente de bonne heure sur le parvis de la Chapelle de Fourvière pour superviser l’installation de la statue. Des ouvriers sont en train de finaliser la mise en place des échafaudages…

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