Ce grand gognant de Tony

Dimanche 22 mars 2020

Pendant le confinement, chaque jour une chanson ou une histoire !

      Tony le grand gognand

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Tony connait bien cette église. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Tony était enfant de chœur ici. Il était chargé, durant la messe, de se lever au moment de l’offertoire et d’apporter les burettes, les récipients contenant l’eau et le vin sacrés. Mais ce que Tony préférait, c’était avant et après les messes. Il passait des heures sur les marches de l’église à jouer avec ses camarades à la fiarde, la toupie lyonnaise. Ça n’était pas du goût du curé.

Ce curé n’était pas du goût de ses paroissiens d’ailleurs. Il avait de nombreux défauts : il était sévère, ennuyant, prétentieux, et Parisien. Il se moquait de l’accent lyonnais et parlait comme s’il était comédien à la Comédie Française. Par exemple, au lieu de dire « fils de l’homme » comme tout le monde, lui il disait « Fi de l’homme ». C’était devenu son surnom, Fidelomme.

Un dimanche matin, Tony est sur les marches comme d’habitude, il gagne une partie de fiarde quand Fidelomme arrive et lui confisque son jouet. Tony voit le précieux objet disparaître dans la poche de la robe noire, tandis que le curé les fait entrer dans l’église. Les enfants vont se changer dans la sacristie.

La messe commence. Tout le monde somnole dans l’église sombre. Sur sa chaire, Fidelomme dit son sermon d’une voix monocorde :

« Au nom du père, du fi, du saint esprit… »

Arrive le moment de l’offertoire. Tony se lève, se plante devant Fidelomme, croise les bras et dit d’une petite voix :

« Ma fiarde. Je veux ma fiarde »
« Tony, voyons, les burettes ! »

Tony ne bouge pas, et répète d’une voix plus forte :

« Ma fiarde. Je veux ma fiarde ! »

Au premier rang, Mlle Belloni, la présidente de l’association des Enfants du Sacré-Cœur, qui n’a pas levé les yeux de son missel depuis cinquante ans, dresse la tête et jette un regard noir à Fidelomme. Ce dernier comprend que s’il veut éviter le scandale, il faut rendre la toupie au gamin. Il plonge la main dans sa poche, en ressort l’objet tant convoité et le donne à Tony en disant :

« Tiens donc, espèce de… Espèce de grand gognand ! »

Un mot si lyonnais, dans une bouche si parisienne ! Depuis c’était le surnom de Tony, son titre de gloire.


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Comments

Roger Comacle
mars 22, 2020
Il a eu raison le gone Non mais! c'est pas rien un étranger qui va venir faire la loi chez nous

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